Pourquoi les Européens ont envahi l’Amérique … et pas l’inverse

A Destination rivières, nous sommes curieux de tout ce qui touche à l’homme et la nature, contemporains et historiques. Alors nous nous intéressons à la thèse de Jared Diamond. Cet homme ne propose rien de moins que d’expliquer pourquoi en partant d’un ancêtre commun les différentes civilisations sont parvenues à des niveaux de puissance tellement différents que les européens ont pu prendre relativement facilement le dessus sur les autres, entre le 16ème et le 20ème siècle.

Tout parait toujours très clair quand on lit (enfin non pas tout…) mais c’est quand on veut écrire un petit résumé que ça se complique : d’abord on retrouve pas la page où c’est qu’i parle de la domestication du dindon en Mésoamérique et puis quand on l’a, on comprend plus pourquoi que l’indien d’Amérique y bat l’aborigène australien, que ça l’auteur il le sait sans doute pas et qu’il nous mène en bateau depuis le début et que, parlant de bateau, nous ferions mieux d’aller sur l’eau. Bref, essayons-nous à un résumé pas trop assommant :

Première étape : le passage du statut de chasseur cueilleur à celui d’agriculteur éleveur

Avis à ceux tentés par la néo-ruralité, pour passer du stade de chasseur cueilleur au stade d’agriculteur, il faut d’abord des céréales sauvages … lourdes et un climat propice.

Figurez-vous que les aborigènes d’Australie (qui étaient toujours chasseurs cueilleurs quand les Européens ont débarqué malgré un « départ assez rapide », les premières peintures rupestres étant à mettre à leur actif, il y a 40.000 ans) ne disposaient que de deux des « 56 espèces d’herbes sauvages aux grains les plus lourds » (et encore elles étaient en bas de tableau). Pour arranger tout cela, l’Australie dispose d’un climat parmi les plus secs du Monde (notamment du fait de l’absence de haute montagne) et d’une terre peu fertile (du fait de l’absence de volcans et de glaciers). Il existe peut être des technologies et des systèmes agricoles permettant contourner ces difficultés mais l’isolement indéniable de l’île n’en a pas favorisé l’émergence (disons que le brain-storming à deux au kilomètre carré, ça marche pas fort !), et ce sont les colons qui ont apporté des plantes méditerranéennes qui ont bien réussi par la suite.

Deuxième étape : de l’agriculteur éleveur à l’inventeur

Figurez-vous que c’est l’agriculture qui a créé la bureaucratie. En effet, l’agriculture a permis de produire plus que la chasse et la cueillette tout en sédentarisant les populations. Des improductifs (chefs, artisans, bureaucrates, religieux…) donc pu être nourris en prélevant une dîme sur les stocks qu’il était désormais possible de constituer et de conserver. Les bureaucrates ont pu administrer des royaumes en inventant l’écriture. Les artisans ont quant à eux permis un essor des techniques : outils agricoles, roues… Tout ça pour le compte de chefs aidés par des soldats qui guerroyaient (avec des armes en acier puis des fusils) et des religieux qui géraient notre rapport à l’au-delà. Donc seules les sociétés agricoles ont pu développer les techniques.

Et encore pas toutes. Les néo-guinéens, voisins des aborigènes australiens dont nous parlions à l’instant, dotés de montagnes et de volcans, ont développé une agriculture. Mais, ils n’ont pas été au delà du stade des tribus agricoles contrairement aux civilisations aztèques et mayas. Et bien là, on peut avancer que la population néo-guinéenne était limitée, fragmentée (au sein de vallées impénétrables), autant de phénomènes peu favorables à la centralisation et donc à l’innovation technologique endogène. L’isolement géographique de la nouvelle Guinée vis-à-vis des autres continents a, quant à lui, interdit l’innovation technologique exogène (générée par l’extérieur).

En effet, si la « centralisation agricole » est indispensable au développement des techniques, ce sont les échanges qui permettent réellement leur essor.

Troisième étape : Innover n’est pas diffuser

On a découvert que des zones considérées aujourd’hui comme les plus productives d’Amérique n’ont été cultivées qu’à l’arrivée des colons européens. A l’inverse, l’ensemble de l’Europe a été cultivée en quelques milliers d’années, la plupart des cultures étant importées du Croissant fertile. Pourquoi, les cultures n’ont pas voyagé de la même façon en Amérique ?

Et bien en fait, il est plus facile de voyager d’Est en Ouest sur un front large que du Nord au Sud sur un front étroit ! Expliquons-nous. Il a été facile aux cultures de s’étendre sur toute l’Eurasie puisque la lattitude y est assez homogène et avec elle les variations saisonnières et journalières de l’ensoleillement et de la pluviométrie : des caractéristiques essentielles pour les plantes. Cela ne signifie pas que le climat y est uniforme mais la « largeur » de l’Eurasie permet de contourner les déserts, les montagnes… Ainsi les Balkans ont par exemple été cultivés 2000 ans après le croissant fertile. A l’inverse, certaines cultures ont voyagé très lentement entre le Nord et le Sud de l’Amérique du fait de la variété des climats liée à la latitude (mais également l’altitude). Les plaines chaudes de l’isthme de Pananama situées entre les hauts plateaux mexicains et andins ont ainsi été un obstacle majeur du fait de l’étroitesse de la bande de terre (60 km de large) ne ménageant pas d’autre « route climatique » possible pour les cultures et les hommes. Pareil en Afrique subsaharienne : il y a une zone méditerranéenne en Afrique du Sud mais les cultures n’ont pas passé la zone tropicale.

Bon enfin ça explique pas pourquoi les Espagnols étaient plus forts que les Aztèques et les Incas (les deux seuls états comparables à ce qui existait en Europe quand les conquistadors ont débarqué). On sait en effet que les populations américaines et européennes étaient d’un ordre comparable, l’avantage lié aux domestications végétales (et animales, nous le verrons) n’a donc pas été tellement prépondérant. En fait cette difficulté de déplacement des cultures agricoles ne fait que refléter la mobilité limitée des populations sur le continent américain du fait de la diversité des climats et des milieux. D’où pas d’essor des techniques. En effet, les innovations qu’elles soient agricoles ou technologiques ne se sont pas diffusées, généralisées et entraînées les unes les autres comme ça s’est passé en Eurasie. L’écriture est restée confinée à l’empire aztèque alors que les Incas disposait d’un système très archaïque. La roue inventée au Mexique n’a jamais atteint les Andes où elle aurait rencontré le lama (ce qui aurait probablement fait son malheur, il est vrai). Voilà pourquoi ce sont les Espagnols qui avaient des fusils (en petit nombre, leur rôle a été assez accessoire) et surtout de bonnes cottes de maille et des épées (en acier) là où les Américains n’avaient que des gourdins.

Les Espagnols avaient aussi des chevaux. Selon la légende, cela les fit passer pour des Dieux auprès des locaux. En fait, l’impact des mammifères a été beaucoup plus prosaïque.

Quatrième étape : N’oublions pas les effets collatéraux de la domestication des mammifères !

Au fait, nous avons oublié de vous dire que l’Eurasie comptait 72 mammifères candidats à la domestication (13 l’ont été). Beaucoup moins de candidats et une seule domestication en Amérique (le lama, autant dire que pour labourer un champ…), aucune en Afrique subsaharienne et et ne parlons même pas de l’Océanie.

C’est super important les mammifères, surtout quand ils sont gros et domesticables, ils permettent de manger (même pas domestiqués vous nous direz et puis les poissons ou les oiseaux ça se mange aussi, mais attendez la suite), de boire des laitages, de se déplacer, de se vêtir, de labourer, d’amender son champ … Mais en fait, comme nous l’avons déjà dit, la population eurasiatique n’était pas tellement plus importante que la population américaine donc l’avantage que constitue la possession des mammifères n’a été pas été tellement significatif (malgré la possibilité de faire du labour !). Avant les premiers contacts tout au moins…

Mais appesantissons-nous d’abord quelques instants sur les raisons de ce déséquilibre (pourquoi qu’y avait que des chiens, des lamas et des cochons d’Inde en Amérique ?). En fait, il y avait d’autres espèces potentiellement candidates à la domestication en Amérique avant l’arrivée des premiers Américains (en fait des Sibériens voyageurs). Mais ces derniers n’ont rien trouvé de mieux que de les exterminer. En effet, l’Amérique a été peuplée très tardivement (comme la Nouvelle Guinée et l’Australie) par des hommes déjà évolués. Les grands mammifères probablement très curieux et pacifiques se sont faits exterminer là où leurs homologues eurasiatiques avaient eu le temps de s’adapter à la dangerosité croissante de l’homme (on s’est séparé du singe il y a 7 millions d’années).

Donc, revenons à nos moutons : les mammifères, s’ils n’ont pas permis à la population de l’Eurasie de devenir beaucoup plus nombreuse que celle du continent américain, et bien ils ont permis de filer des maladies. On estime en effet que 95 % des habitants du nouveau monde ont été décimés par la rougeole, la variole, la grippe, etc…autant de germes dérivant de souches infectant initialement le bétail. C’est donc la promiscuité entre les hommes et le bétail qui a permis le développement des souches humaines dont les populations d’Eurasie se sont bon an mal an accommodées mais qui ont été tellement meurtrières dans le nouveau Monde. Ne parlons pas des populations de chasseurs cueilleurs qui vivaient en petites bandes et sans bétail, un vrai désastre. Bon faisons vite, je vous passe l’histoire de la rougeole dans les îles Féroë, des esquimaux Sadlermiut anéantis par la dysenterie et plein d’autres cas d’école passionnants…

Conclusion :

Donc, il y a la répartition originelle des espèces animales et végétales domesticables. Mais, ça n’est pas suffisant, voire même secondaire. On voit en effet que malgré un climat et des espèces propices à la domestication (et donc en théorie aux artisans dès lors qu’il était possible de les nourrir), la nouvelle Guinée n’a pas dépassé l’âge de pierre. A l’inverse, l’Europe de l’Ouest qui ne compte pas parmi les foyers originels de l’agriculture a développé très fort ses techniques. En effet, les possibilités de mobilités des hommes avec leurs cultures végétales et animales et leurs techniques sont également très importantes. A ce jeu là, les continents vastes (donc potentiellement très peuplés), d’est en ouest (donc sans barrière climatique et écologique infranchissable) et ont été avantagés. Suivez mon regard… Si l’on ajoute à cela le « petit coup de pouce » qu’a constitué la disparition d’espèces de mammifères domesticables et leurs germes dans ce qu’on appelle le « nouveau monde », on obtient le rapport de force que l’on sait…

Le but de l’auteur était de démonter la thèse d’une inégalité entre les races, la boucle est bouclée.

Question subsidiaire : Pourquoi ce sont les Européens qui ont colonisé le reste du Monde et pas les Chinois ?

Au même titre que les Européens, les Chinois ont bénéficié des avantages du continent eurasiatique. Ils ont développé des inventions (comme la poudre à canon, la fonte, le papier, la boussole…) qu’ils ont échangées avec les européens … mais ils n’ont pas envahi le reste du Monde. En fait l’auteur nous apprend qu’outre une différence de philosophie, les Chinois ont pâti d’un gouvernement … centralisé. En effet, une décision de l’Empereur pouvait sonner le glas d’une invention dans toute la Chine alors qu’il y avait x rois à qui s’adresser en Europe. Ainsi, l’italien Christophe Colomb pour son projet de rallier les Indes par l’Ouest chercha un mécénat auprès des Portugais, du Duc d’Anjou et finalement des Espagnols.